La norme NF EN 16165 est la norme européenne publiée en France en octobre 2021 qui spécifie les méthodes d’essai pour déterminer la résistance à la glissance des surfaces sur lesquelles on marche. Elle ne classe pas les sols elle-même : elle dit comment mesurer la glissance, et ce sont d’autres textes qui en tirent un classement. Voici ce que décrivent ces essais, comment la France s’en sert et ce qu’il faut regarder selon la pièce.
Ce que couvre la norme NF EN 16165 sur la glissance
La NF EN 16165 date d’octobre 2021 et remplace la spécification XP CEN/TS 16165, publiée en décembre 2016. En France, elle a aussi pris la suite de l’ancienne XP P 05-010 de 2004, que citent encore certaines fiches techniques de carrelage.
Elle décrit des méthodes d’essai, pas des seuils. Une valeur mesurée n’a donc de sens qu’une fois rapprochée d’un texte de classement. Les règles de la réglementation énergétique fonctionnent de la même façon dans le logement neuf : une méthode de calcul d’un côté, des exigences de l’autre.
Essai au plan incliné, au pendule ou par frottement : les méthodes de mesure
Les méthodes de la norme reposent sur deux familles d’appareils. Le plan incliné fait marcher un opérateur sur l’échantillon, incliné progressivement jusqu’à ce que la glissade démarre : l’angle atteint sert de mesure. Le pendule frotte un patin en caoutchouc sur la surface et mesure ce qu’il perd d’énergie au contact. D’autres essais mesurent un coefficient de frottement, comme celui que retient la recommandation R462 de l’Assurance Maladie pour les cuisines de fabrication alimentaire (µd supérieur ou égal à 0,30).
Un laboratoire réalise ces essais sur des échantillons, pas sur un sol posé chez vous. La fiche technique d’un carrelage reprend donc le résultat obtenu sur le produit, pas sur votre pièce.

Pieds nus ou chaussé : deux usages, deux résultats
Un même carrelage peut être noté différemment selon l’essai, parce que la peau nue et une semelle n’adhèrent pas de la même façon. Le plan incliné se pratique d’ailleurs en version pieds nus et en version chaussée.
Les classements français suivent cette séparation, avec les classes PN (pieds nus) et PC (pieds chaussés). Une douche, une salle de bain ou un bord de piscine relèvent du pied nu. Une cuisine, une entrée, un escalier ou une terrasse relèvent plutôt du pied chaussé. Le résultat dépend aussi de ce qui recouvre le sol pendant l’essai : eau, savon ou huile ne donnent pas les mêmes valeurs qu’un sol sec.
De la mesure au classement : la norme NF P 05-011
La NF P 05-011 est la norme française de classement des locaux selon la résistance à la glissance des sols. Sa version de 2024 remplace celle de 2019 et fixe des seuils selon l’activité et le local. Elle s’appuie sur l’essai au plan incliné de la NF EN 16165, ce que confirme le CODIFAB, l’organisme qui finance les études de la filière bois.
Elle vise surtout les sols céramiques, coulés, résilients et stratifiés, ainsi que les peintures de sol. Elle exclut notamment les sols sportifs, les receveurs de douche finis et les locaux de fabrication alimentaire. Entre fabricant et acheteur, elle joue le rôle de langage commun, comme les dimensions normalisées des fenêtres de toit pour un chantier de rénovation.
Quel classement viser pour la douche, la salle de bain ou la terrasse
Le seul changement de seuil que la Fédération française du bâtiment (FFB) détaille pour les particuliers concerne les salles d’eau à usage privatif : leur classement est passé de PN 6 à PN 12 avec la version 2024. Pour une douche à l’italienne ou une salle de bain, c’est ce niveau qu’il faut chercher sur la fiche technique, en pieds nus.
Dans une salle d’eau, l’humidité ne concerne pas que le sol : elle touche aussi l’installation électrique, et les règles d’emplacement des prises suivent leur propre norme.

Pour une cuisine, une entrée ou une terrasse, la logique est celle du pied chaussé : il faut une classe PC adaptée au local, à lire dans le guide de classement des locaux publié par la FFB. Un receveur de douche fini est hors du champ de la norme : se fier alors à la fiche du fabricant.
Bois, carrelage, pierre : vérifier qu’un sol antidérapant a été testé
Les parquets et les platelages bois ont longtemps échappé à ces classements. Le CODIFAB a lancé une étude sur les platelages conformes au NF DTU 51-4 pour leur obtenir un classement de glissance, et compare les résultats du plan incliné à ceux du pendule.
Un sol vendu comme antidérapant doit pouvoir citer l’essai utilisé et son résultat. À défaut, la mention ne vaut rien, d’autant que les traitements antidérapants et leurs différences n’offrent pas tous la même durabilité.
Avant d’acheter, demandez donc le rapport d’essai du produit, avec la norme et la méthode employées, et comparez-le au classement exigé pour la pièce. Un sol sans rapport d’essai ne peut pas être situé sur l’échelle de la NF P 05-011.

